La fréquence des rapports sexuels est-elle importante ?

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Les Français auraient… 8,7 rapports sexuels par mois, c’est-à-dire un peu plus de deux fois par semaine. Faut-il donc se conformer à la moyenne ? Une « bonne fréquence » de rapport rend-elle systématiquement un couple heureux ? A contrario, moins de rapports présagent-ils une rupture à venir ? Les réponses avec le Dr Anne Marie Lazartigues, psychiatre et sexologue à Paris.

C’est scientifique : une fréquence de rapports sexuels élevée est associée à un meilleur lien entre les partenaires. Une étude des chercheurs de l’université d’Etat de Floride, aux États-Unis, à même révélé que des rapports sexuels fréquents associent (inconsciemment) le partenaire à un sentiment positif. On pourrait donc croire que faire l’amour est la « solution miracle » pour être heureux en couple. Mais en réalité, la sexualité est associée à de nombreux facteurs…

Les rapports sexuels, le ciment du couple ?

« Quand on a des relations sexuelles satisfaisantes, il y a une connexion, on est très bienveillant envers l’autre », commence Anne Marie Lazartigues, sexologue dans le 4e arrondissement de Paris. « Si on vous apporte du plaisir et s’il y a une intimité sincère entre les deux partenaires, il y aura moins d’agressivité, on ne se concentre moins sur les défauts de l’autre ». On a tendance à dire que les relations sexuelles sont « la base » du couple. Anne Marie Lazartigues nuance cela : selon elle, un couple avec de bonnes relations ne pensera pas à la rupture. C’est seulement quand elles ne sont plus satisfaisantes que les partenaires commencent à réfléchir à tout ce qui ne va pas dans le couple… « Des relations sexuelles jugées insatisfaisantes sont facteur d’éloignement. Cela joue un rôle important dans la séparation. » Mais si les rapports sont un bon moyen de créer du lien avec son partenaire, ils ne font pas tout. Un couple qui repose uniquement sur cela risque de tomber de haut lorsque la passion se dissipera.

Une angoisse d’être « dans la moyenne »

« Très souvent, des couples me consultent pour des différences de libido. En général, l’homme se plaint d’une fréquence insuffisante, mais aussi d’une créativité insuffisante », explique Anne Marie Lazartigues. Est-ce à celui qui se plaint, ou à celui qui « n’en fait pas assez » de se remettre en question ? Aux deux ! « La solution n’est pas unique pour tous les couples, cela dépend de beaucoup de facteurs : la durée de la relation, le passé, l’envie de continuer ou pas… mais il y a beaucoup de couples qui viennent me voir même sans envisager la séparation. Ils voudraient uniquement améliorer leurs relations sexuelles ». Selon la sexologue parisienne, de plus en plus de couples ont des problèmes de ce genre : « Actuellement, il y a encore plus d’angoisse de performance qu’avant, car d’après ce qu’on voit à la télé, ou dans les publicités, il faut que tout le monde soit jeune, beau, plein de libido… mais tout le monde n’est pas comme ça ! Alors les gens se trouvent confrontés à leurs propres difficultés, et angoissent au lieu d’être libéré ».

La « bonne fréquence » ? Celle qui convient aux deux !

Contrairement à ce que l’on voit dans les fictions, toute vie sexuelle a des hauts et des bas. A commencer par les fluctuations de libido, qui ne sont pas forcément liées au désir pour le/la partenaire. La durée de la relation, l’état de santé des partenaires, le travail, le stress ou la présence de jeunes enfants… tous ces facteurs peuvent influencer le désir pour son partenaire, et c’est normal. Si le couple vit une période « sans », cela n’indique pas pour autant une rupture imminente. Néanmoins, si cette période se prolonge et engendre une souffrance de l’un des deux partenaires, il peut être nécessaire de consulter un sexologue sans attendre de s’enfermer dans le silence. Selon Anne Marie Lazartigues, la « bonne fréquence » est celle qui convient aux deux partenaires. Il y aura un souci dans le couple « si l’un des deux partenaires force l’autre, ou si l’un se force pour que l’autre ne soit pas mécontent, ou encore pour se prouver à lui-même qu’il peut »… En revanche, si les relations restent peu fréquentes et ne reprennent pas leur cours après une prise de conscience, c’est de « mauvais augure pour le couple », indique la sexologue.

Avec Anne Marie Lazartigues, psychiatre et sexologue, Paris